l'habitat collectif

 Chateauroux Cours Saint-Luc
Cours Saint-Luc

  L'habitat collectif en France 

Dès la fin des années 50, ce fut le début des grands ensembles, une forme d'urbanisation résultant d'une organisation géométrique le plus souvent simpliste qui fut ensuite... à juste raison, très décriée : Massy-Antony, Epinay, Poissy, dans la région parisienne, bien d'autres partout en France : Nîmes la Paillade, le Haut-du-Lièvre à Nancy, Toulouse-le-Mirail... et Sarcelles qui en est devenu l'exemple, la référence négative.

La technologie qui dominait dans ce type d'organisation d'ouvrages était la préfabrication lourde du gros-œuvre, caractérisée par une efficacité liée à un nombre limité de panneaux de béton réalisés en usine ou en atelier sur site, et à des moyens de chantier importants. Ces novations technologiques ont permis une rationalisation des interventions sur chantiers, une vraie révolution incontestablement positive dans un secteur resté jusqu'alors très traditionnel. Aspects négatifs graves, par contre : la lourdeur des procédés et la position dominante de l'entreprise qui savait faire prévaloir ses objectifs. On a parlé, à l'époque, d'architecture des "chemins de grue". Caractéristiques techniques et économiques allaient de pair avec des chantiers de plusieurs centaines de logements, parfois plusieurs milliers – les quatre mille de la Courneuve –, ce qui générait, à une échelle géante, une image sans grande diversité architecturale.

Les besoins en logements étaient considérables et le dynamisme économique en pleine accélération. Les groupes financiers affirmaient leur puissance et les grandes entreprises du bâtiment : Bouygues, SAE, les grands travaux de Marseille, Fougerolles... , et de travaux publics : Colas, Screg... accédaient à une échelle inconnue jusqu'alors dans ces secteurs d'activité.

Les financiers s'intéressaient à la construction, ils s'intéressaient peut-être plus encore à l'aspect foncier qui y était lié. Ce fut le début d'une spéculation foncière effrénée. Les terrains qui étaient mentionnés aux plans d'urbanisme – documents administratifs officiels – comme terrains de culture : les "champs de betteraves" suivant l'expression qui s'imposa, devenaient, à la suite de judicieuses interventions auprès de personnalités bien placées, des terrains à bâtir. Le prix n'était pas le même, les profits étaient énormes.

Les grands ensembles furent la résultante de ce contexte économique, des intérêts financiers, de l'ambition agressive des entreprises, d'une administration parfois démunie... ou consentante, d'interventions politiciennes intéressées, conjugués avec un besoin social immense. L'échelle de ces besoins donna priorité au quantitatif sur la recherche de la qualité, qualité de l'architecture, qualité des espaces urbains. Toutes les professions étaient entraînées dans un flux dont même les participants les plus conscients n'appréciaient pas suffisamment les aspects négatifs... ou acceptaient de les ignorer. L'argument social, l'ampleur des besoins, justifiaient tout, y compris auprès de ceux qui auraient pu être les plus vigilants.

Après la politique des grands ensembles, la politique du ministère de l'équipement pour le logement social collectif, comme dans une période précédente pour la maison individuelle, fut la promotion de modèles – organisation fonctionnelle des logements, articulation de leur groupement, architecture, techniques, prestations, coût limite. Cette politique se développa et prit des formes équivalentes à celles évoquées à l'occasion du concours Chalandon pour la maison individuelle : elle était centralisée au niveau des régions qui commençaient à mettre en place leurs structures administratives et elle donnait une quasi-exclusivité aux entreprises d'échelle nationale et à certaines grandes entreprises régionales.

1968, le bouillonnement des idées dans cette période de remise en cause, fut le moment d'une prise de conscience, une libération des appréciations critiques, le début d'une attitude nouvelle vis-à-vis des problèmes liés à l'urbanisme.

Dans les années qui suivirent, plus particulièrement à partir des années 70, la réflexion sur l'habitat, sur la vie des quartiers, sur la ville, prit une dimension nouvelle. Les projets, les réalisations, ont alors marqué une sensibilité que les grands ensembles et les programmes qui suivirent avaient délaissée. Sans doute la crise économique et sociale qui commençait à se manifester n'a-t-elle pas également été étrangère à ce sursaut. La circulaire Guichard de 1973 – Olivier Guichard était alors ministre de l'équipement – dite " circulaire sur les tours et barres" par les professionnels, concrétisa, aux plans politique et administratif, cette orientation nouvelle d'une urbanisation plus sensible.

  A Châteauroux

A Châteauroux, les grandes opérations de " logement social ": Le Fontchoir - Saint-Denis, et, plus caractéristiques, Beaulieu, le Champ Auger (la ZUP), et aussi Vaugirard peuvent être rattachées à cette large catégorie des "Grands Ensembles" des décennies 50 et 60. Des études particulières sont consacrées à ces opérations.

Deux groupes importants d'habitations furent aussi réalisés pour le logement des militaires américains au cours des années 50 : le groupe de maisons individuelles de Brassioux à Déols et la cité de Touvent.

L'habitat collectif se présenta également sous la forme de promotion privée, en centre-ville et en périphérie immédiate. Les initiatives privées se manifestèrent à partir des années 50. Elles furent le fait d'investisseurs non professionnels et les immeubles étaient, le plus souvent, d'importance modeste.

Une réalisation marqua la fin des années 50,
l'immeuble du théâtre.
Le vieux théatre, propriété de la ville, fermant la place Gambetta au sud, fut interdit au public en 1951 sur décision de la commission de sécurité. Il fut vendu en février 1957, par adjudication.
Le promoteur, monsieur Simon, confia aux architectes Bouguin et Csali, la conception et la réalisation d'un immeuble qui, par sa verticalité - treize étages - faisait rupture avec la silhouette générale du centre-ville. N'oublions pas qu'à cette époque, la modernité s'exprimait dans les grandes villes, en banlieue parisienne en particulier, par une architecture de tours.
L'immeuble du théâtre, par sa situation exceptionnelle dans la ville, par son architecture également exceptionnelle, fut l'objet de nombreuses conversations. Des opinions s'exprimaient..., s'expriment encore d'ailleurs. On le nomma : le building - c'était également le moment de la présence américaine à Châteauroux.
En 1960, l'immeuble du théâtre était terminé : des commerces à rez-de-chaussée et une cinquantaine de logements.


Source : Marius Depont : Un architecte dans le siècle "témoignages" 1998
MD

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