Châteauroux
Pour un projet urbain
Châteauroux est une ville moyenne, chef-lieu du département de l’Indre.Châteauroux n’a pas un passé historique très lointain. Le premier château Raoul, qui lui a donné son nom, date de la fin du premier millénaire. Depuis le moyen-âge, la ville s’est développée en particulier par les marchés et le travail de la laine, et les grandes lignes de son plan se sont progressivement esquissées. Mais la ville ne s’est vraiment affirmée que dans les deux derniers siècles. Châteauroux avait sept mille habitants en 1800.
1789, la Révolution, 1790, la création des départements : Châteauroux devient ville chef-lieu de l’Indre. Ce fut le début de sa vocation administrative et d’un véritable développement.
L’activité économique de Châteauroux, en dehors d’un marché agricole actif, était caractérisée par deux industries traditionnelles, la fonderie liée au charbon de bois de la forêt, et l’industrie de la laine. L’une va rapidement péricliter à partir du début du dix-neuvième siècle – la houille remplaça le bois –, l’autre, l’industrie lainière, avec des hauts et des bas, va continuer à se développer.
Le dix-neuvième siècle fut marqué par le développement industriel de Châteauroux, avec les brasseries, les fabriques de machines agricoles, les ateliers de confection, puis au milieu du siècle, la manufacture des tabacs et la manufacture de drap du Parc, devenue l’usine Balsan. Le chemin de fer qui relia Châteauroux à Paris en 1847 fut aussi un facteur important du développement de la ville. La dernière grande initiative industrielle, avant la deuxième guerre mondiale, fut l’implantation de l’usine aéronautique, l’usine Bloch, à Déols.
La vie économique de Châteauroux dans la période plus récente, au cours du dernier demi-siècle, fut comme partout en France caractérisée par un renouveau d’activité au cours des années 50-75, en particulier par la création de zones industrielles périphériques où s’installèrent des usines pour la plupart décentralisées de la Région parisienne, mais aussi des entreprises trop à l’étroit dans le centre-ville et qui avaient besoin de se moderniser et de se développer.
La ville fut aussi très marquée par la présence, de 1951 à 1967, de la base américaine qui favorisa certaines activités commerciales mais fut en même temps un frein pour les implantations industrielles. L’évolution économique des dernières décennies fut caractérisée par l’affaiblissement progressif des activités traditionnelles : l’industrie lainière, la manufacture des tabacs dont la fermeture est devenue irréversible, la confection qui est en grande difficulté. Cette période fut aussi marquée par la fin de l’industrie aéronautique à Châteauroux. Les initiatives qui ont été prises pour développer une activité aéroportuaire, sur les lieux qui bénéficiaient d’une importante infrastructure récemment modernisée, n’ont eu jusqu’à maintenant que des débouchés modestes . De larges potentialités restent toutefois ouvertes.
L’évolution urbaine se fit à mesure que se développait l’économie et que s’amélioraient les liaisons, particulièrement la liaison routière Paris-Toulouse. Dès le milieu du dix-huitième siècle, un nouveau pont est construit sur l’Indre entre Déols et Châteauroux, et l’actuelle avenue de Paris est aménagée. Les places Lafayette, Sainte-Hélène et Gambetta sont les anciennes promenades, créées également vers 1750 aux emplacements des fossés de la vieille enceinte de la cité féodale. Ce sont encore aujourd’hui les marques les plus caractéristiques de la structure urbaine.
Le dix-neuvième siècle fut le grand moment de développement de la ville, de l’amélioration des voies et espaces publics, et surtout de la réalisation de nombreux édifices. Dans la première partie du siècle, l'hôtel préfectoral fut construit pour compléter la Préfecture installée dans le château Raoul. L'hôtel de ville – l’ancien – et le théâtre, furent également réalisés pendant cette période active, ainsi que les grands ouvrages de voirie : l’amélioration de la liaison avec les routes de Tours et Blois par la construction d’un nouveau pont sur l’Indre et la réalisation des boulevards d’octroi qui ceinturaient alors les faubourgs de la ville ; ces boulevards sont aujourd’hui des voies principales de circulation qui se sont adaptées au trafic de transit et aux relations entre quartiers. Le chemin de fer reliant Châteauroux à Paris dès 1847 fut un apport déterminant au développement économique. La voie ferrée resta toutefois longtemps difficile à franchir. Point positif : l’implantation de la gare dans la ville fut une décision judicieuse du fait du service qu’elle apporte et de l’activité qu’elle génère.La deuxième partie du dix-neuvième siècle qui débuta avec les deux plus importantes implantations industrielles, Balsan et la Manufacture des tabacs, fut également une grande période de développement de la ville : construction dans les faubourgs de maisons modestes pour le logement des ouvriers des usines, dans le faubourg des Marins près de la manufacture Balsan, et dans le quartier Saint-Denis et à Déols d’où étaient le plus souvent originaires les ouvriers et ouvrières des tabacs ; construction aussi de grands édifices, en particulier le Palais de Justice et les deux églises, Notre-Dame et Saint-André.
le développement de la ville moderneLa première partie du vingtième siècle, après la guerre 14/18, fut, à Châteauroux comme partout en France, un moment de stagnation de la construction. Des réalisations, toutefois, restent des témoins de cette période : les HBM Henri Cosnier, première opération de logements sociaux à Châteauroux, la Poste centrale en et le Centre social, dont les architectures, dignes, sont représentatives de leur temps.
Le dernier demi-siècle, par contre, fut une période de grandes réalisations, une période dynamique du développement urbain en ce qui concerne les initiatives d’aménagement, les infrastructures, les constructions de logements, d’équipements, d’édifices publics. Au cours de cette période, on peut distinguer trois grandes phases :
• le premier grand essor (1950-1965) fut marqué par les premières initiatives de logements sociaux – Saint Denis, Beaulieu –, par la réalisation de lotissements et de groupes de maisons individuelles, par les programmes de logements liés à la présence des américains – Brassioux, Touvent –, par les premières opérations de promotion immobilière privées, les lycées, l’aménagement de zones industrielles. Ce fut aussi la période de réalisation de la rocade de déviation de la nationale Paris-Toulouse, du réseau d’assainissement et de la station d’épuration, l’arrivée du gaz de Lacq, la rénovation de la voirie.
• la deuxième période (1965-1980) fut sans doute la plus dynamique. Les réalisations déjà engagées se poursuivirent. Le quartier Saint Jean, zone à urbaniser par priorité, dans la partie sud de la ville, a été réalisé au cours des années 60 et 70. Cette période fut également marquée par une opération de voirie urbaine importante, la voie de liaison Saint-Jean-préfecture, par les premières implantations commerciales périphériques... et leurs conséquences sur la vie du centre-ville, les rues piétonnes, la construction de la Préfecture, du nouvel Hôtel de ville, le début de l’aménagement du val de l’Indre en lieu de promenade et de loisirs.
• la troisième période, après 1975, fut celle de la récession économique, de la diminution importante du nombre de logements mis en chantier, des difficultés de nombreux secteurs industriels. Cette période fut également marquée par la poursuite des implantations commerciales périphériques – le forum, la zone d’activités commerciales sud – et aussi par des initiatives de reconquête du centre-ville : l’îlot Molière, place de la République, le programme de logements Roger Brac, près de l’église Notre-Dame, le cours Saint Luc, le centre culturel Equinoxe, puis, en périphérie immédiate, l’institut universitaire de technologie - IUT -, le programme d’aménagement du site Balsan, toutes réalisations qui expriment la volonté de faire vivre la ville, son centre.
Cette longue période difficile de deux décennies se termine par des années plus optimistes, un avenir plus ouvert.
Il faut maintenant dessiner l’avenir de Châteauroux pour les générations futures, exprimer notre volonté, notre ambition, pour que la ville entre dans l’époque moderne.
Pour un Projet urbainJean Giraudoux, qui a été lycéen dans l'établissement qui porte aujourd'hui son nom, fut réservé sur la beauté de la ville.
Châteauroux n’est pas héritière des grandes périodes d’urbanisation et de réalisations monumentales qui ont donné leur caractère aux grandes villes historiques – l’antiquité romaine, le moyen-âge et les cathédrales, la renaissance, l’époque classique. La structure de la ville, nous l’avons évoqué, est l’héritage de la géographie, puis, dans l’histoire, des travaux réalisés en particulier aux dix-huitième et dix-neuvième siècles : l’avenue de Déols devenue avenue de Paris, les places actuelles Lafayette et Gambetta qui marquent l’axe nord-sud, les boulevards d’octroi qui sont aujourd’hui un élément essentiel de la circulation urbaine, l’arrivée du chemin de fer. Depuis ces grandes initiatives, des aménagements sont intervenus, en particulier pour améliorer les franchissements de la rivière et du chemin de fer ; mais on ne ressent pas, dans les développements successifs de la deuxième partie du dix-neuvième siècle et de la période plus contemporaine, une stratégie urbaine apte à donner à la ville une nouvelle image, celle d’une ville moderne, vivante, dynamique, une ville qui exprime une volonté, une ambition.La fin du siècle, le XXème, au cours des dernières décennies, a été et est encore aujourd’hui marquée par de profondes transformations dans l’économie, dans la vie sociale, les comportements. Pendant toute cette période, le tissu urbain a été complété de façon ponctuelle, en tenant compte d’opportunités foncières, mais il n’y a pas eu affirmation d’une ambition claire et forte de structurer la ville. Deux réalisations importantes, toutefois : la voie de liaison est-ouest entre les quartiers nouveaux et la Préfecture, et l’aménagement paysager du Val de l’Indre.
L’évolution récente de Châteauroux a été celle de la plupart des villes françaises : d’une part, les logements sociaux ont été construits en grand nombre dans de nouvelles zones d’habitat réalisées, pour les plus importantes, en périphérie ; d’autre part, les commerces hors la ville, géants, attractifs mais dépersonnalisés, ont eu des conséquences très négatives sur la vie urbaine. Ces nouvelles orientations – localisation principale des zones d’habitat et transformation des formes commerciales – ont modifié les comportements sociaux et dévitalisé le centre.
A Châteauroux, comme dans la plupart des villes, la conscience des répercussions négatives de ces phénomènes, tant de la part des responsables publics que des professions intéressées, a été tardive. Réagir pour redonner à la ville une âme, une unité, pour que le centre-ville redevienne le lieu attractif, lieu de rencontre et de vie active est maintenant difficile et le sera de plus en plus au fur et à mesure que de nouvelles situations seront acquises. Les initiatives de reconquête du centre-ville doivent être poursuivies rapidement pour éviter d’aller vers de nouvelles détériorations ; ces initiatives, surtout, doivent être pensées dans une stratégie d’ensemble, un projet urbain doit être établi, doit être affirmé avec force. Les responsables de l’avenir de la ville ont la charge de définir les axes de développement dans le moyen-long terme – une, deux générations – pour que toutes les décisions participent à un projet urbain ambitieux.
Une ville se caractérise par sa pérennité qui donne à ceux qui sont en situation de responsables l’obligation de se projeter dans l’avenir, de regarder loin dans le temps. Quand le projet urbain a dégagé les grandes orientations et les hiérarchies, les décisions quotidiennes ne sont plus isolées, elles peuvent être situées de façon plus sûre.
Le projet urbain est une vue prospective, c’est l’outil dont la ville a besoin.Le contournement autoroutier à l’ouest est une réalisation importante pour la ville. L'autoroute, dont le dernier tronçon dans l'Indre a été mis en service en 1999, reçoit le trafic international entre l’Europe du nord et du sud. La rocade, actuelle RN 20 a maintenant une vocation de liaison entre les voies rayonnantes, les zones d’activités. Les boulevards, rocade intérieure, devraient être rapidement bouclés au nord et au sud – on en parle depuis des décennies – pour libérer le centre-ville des circulations de transit qui parasitent la vie urbaine. Les autres voies accéderaient alors à leur vocation naturelle de liaisons exclusivement locales et de desserte. Les voies de circulation seraient clairement définies et les affectations de trafic routier bien précisées. Les déplacements seraient alors plus faciles, plus confortables.
Il faut donner à Châteauroux une ossature urbaine fortement exprimée et ressentie, rendre évidente la hiérarchie des espaces. La structure proprement dite de la ville traditionnelle, celle de toujours, résultant de la topographie, de la situation sur une liaison nationale nord-sud importante, confirmée par les réalisations du milieu du dix-huitième siècle, doit être renforcée par la mise en valeur de ses lieux caractéristiques, les places Lafayette et Gambetta qui sont des mails, des promenades – c’était leur nom à l’origine. Ces espaces ont une échelle et des proportions intéressantes, ils ont besoin de retrouver leur vraie vocation, d’être valorisés, tant par les aménagements au sol que par la cohérence et la qualité de leur environnement bâti. Le renforcement de structure serait également obtenu par la personnalisation des points caractéristiques, par les ouvertures partant de l’axe principal : la place Sainte-Hélène vers la vallée de l’Indre, la rue Saint-Luc – futur mail Saint-Luc – vers Saint-André, la place de la République qui doit retrouver une dignité majeure.
Un impératif également, reconquérir le cœur de la ville : aménager les espaces de plusieurs hectares délaissés, mal occupés, dans la localisation la plus privilégiée entre les rues commerçantes les plus actives : rues de la poste, de la gare, Victor Hugo ; ouvrir au public le parc de la Préfecture et abattre ses hauts murs qui, dans notre démocratie, laissent penser que le siège du pouvoir d'État est une forteresse assiégée ; murs, aussi, qui isolent le Château Raoul, monument principal de notre patrimoine ; introduire, dans la ville, l’œuvre d’art, la fontaine, créer une ponctuation qui personnalise la place, le lieu, valoriser les jardins, en créer de nouveaux, faire la ville qui intéresse le visiteur, qui donne au citoyen sa fierté.
L’embellissement est une préoccupation continue pour une municipalité, une intervention importante pour la ville, son image. Les travaux pour valoriser les espaces du centre de Châteauroux sont engagés ; ils étaient d’autant plus nécessaires et urgents que des retards étaient manifestes par rapport aux initiatives de nombreuses villes. Rodez, Auxerre, entre autres villes moyennes, avaient été citées en exemple dès le début des années 70 pour la qualité de l’aménagement de leurs centres, pour avoir pris les initiatives aptes à renforcer leur capacité d’attraction. Toutefois, le terme embellissement marque ses limites ; il exprime une échelle d’intervention que Châteauroux doit aujourd’hui dépasser pour être une ville qui s’affirme.
Châteauroux n’a pas la chance de pouvoir s’appuyer sur une histoire riche. C’est par contre une chance d’avoir une plus grande liberté pour construire une ville moderne.
Aux générations actuelles de manifester leur imagination, leur ambition, leur sens des responsabilité, leur confiance dans l’avenir.... et Châteauroux sera une belle ville
Sources - extraits de : Marius Depont. Un architecte dans le siècle "Témoignages" 1998-99